Décaissements lents dans les projets financés par les bailleurs : ce que l’équipe financière maîtrise vraiment

Un projet qui dépense lentement manque rarement d’argent. Il manque plutôt d’un plan, de pièces prêtes à temps et de quelques habitudes. Voici les leviers que l’équipe financière détient, et ceux qu’elle ne détient pas.

8 nov. 2026

Deux responsables financiers examinant un rapport imprimé et des pièces justificatives dans un classeur, à un bureau de projet

Quand un projet financé par un bailleur prend du retard dans ses décaissements, la discussion se tourne vite vers des causes hors de portée de l’équipe : des approbations qui tardent, un circuit du Trésor lent, la revue du partenaire. Ces contraintes existent. Pourtant, dans beaucoup de projets, une bonne part du retard naît à l’intérieur du projet lui-même, et l’équipe financière détient plus de leviers qu’elle ne le croit.

Cet article classe les causes en trois groupes : ce que l’équipe peut changer dès ce trimestre, ce qu’elle peut influencer, et ce avec quoi elle doit composer.

Ce que l’équipe maîtrise : le plan de trésorerie

Un projet qui ne sait pas de combien il aura besoin au trimestre suivant ne peut pas le demander à temps. Le plan de trésorerie est l’outil le plus négligé de nombreuses unités de gestion : préparé une fois pour le budget annuel, puis oublié. Un plan utile est court, actualisé chaque mois, et construit à partir du plan de passation et du plan de travail plutôt qu’à partir des dépenses de l’an dernier.

Signal d’alerte : le compte désigné s’épuise avant que quiconque ait préparé le réapprovisionnement suivant.

Ce que l’équipe maîtrise : des dossiers complets du premier coup

Une demande de retrait renvoyée pour correction fait perdre des semaines. Les motifs de rejet sont souvent banals : une signature manquante, une dépense imputée à la mauvaise catégorie, une pièce qui ne correspond pas au montant déclaré, un taux de change appliqué de façon incohérente. Une courte liste de contrôle utilisée avant chaque envoi, et une relecture par une seconde personne, en éliminent la plupart.

Signal d’alerte : plus d’une demande a été renvoyée dans l’année pour le même motif.

Ce que l’équipe maîtrise : des pièces qui suivent la dépense

Les pièces justificatives réunies à la dernière minute sont la première source de dépenses inéligibles. L’habitude qui fait la différence est simple : le dossier est complet au moment du paiement, pas au moment de préparer la demande. Chaque paiement a son contrat, sa preuve de livraison, sa facture et son approbation, classés au même endroit.

Ce que l’équipe peut influencer : la passation et les approbations

On ne peut pas dépenser avant que les marchés soient signés. Quand les décaissements sont lents, le plan de passation est souvent le véritable goulot : consultations lancées tard, demandes de non-objection qui reviennent avec des questions, évaluations qui s’éternisent. L’équipe financière ne conduit pas la passation, mais elle peut rendre le lien visible en montrant chaque mois à la direction les dépenses prévues qui dépendent de marchés non encore signés.

Ce avec quoi l’équipe doit composer

Certains délais viennent de circuits que le projet ne maîtrise pas : les délégations de signature au niveau du ministère, les délais de revue du partenaire, le calendrier de la comptabilité publique. La bonne réponse n’est pas de s’en plaindre, mais de les anticiper, en intégrant des durées réalistes au plan de trésorerie et en lançant chaque demande assez tôt.

Un scénario pour illustrer

Scénario fictif, rédigé à des fins pédagogiques. Un projet de pistes rurales arrive à mi-parcours en ayant dépensé bien moins que prévu. Le coordonnateur incrimine les revues du partenaire. Un examen rapide des six dernières demandes de retrait raconte une autre histoire : trois ont été renvoyées pour pièces incomplètes, et deux gros marchés de travaux ont été signés avec quatre mois de retard parce que les dossiers d’appel d’offres ont dû être repris. Dès que l’équipe adopte une liste de contrôle avant envoi et un plan de trésorerie mensuel relié au plan de passation, les demandes cessent de revenir, et le comité de pilotage voit à l’avance quels marchés porteront la dépense.

Cinq questions pour votre prochain comité de pilotage

  • Le plan de trésorerie est-il actualisé chaque mois, à partir du plan de passation ?
  • Combien de demandes de retrait ont été renvoyées cette année, et pourquoi ?
  • Chaque dossier de paiement est-il complet le jour du paiement ?
  • Quelles dépenses prévues dépendent de marchés non encore signés ?
  • Quels délais extérieurs sont déjà intégrés au calendrier ?

Pour aller plus loin

Notre programme Décaissements et justification des dépenses traite les demandes de retrait et les pièces justificatives sur des dossiers réalistes, et Budgétisation et suivi financier d’un projet couvre la prévision de trésorerie et l’analyse des écarts. Notre formation en présentiel à Casablanca est consacrée à la gestion financière des projets financés par les bailleurs.